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La formation des enseignants

© iStock - Svetikd
 
DOSSIER DU MOIS paru dans la Quinzaine universitaire n°1454 du 11 juin 2021
Dossier rédigé par Sébastien VIEILLE, secrétaire national du SNALC chargé de la pédagogie.
Avec la contribution de Laurent BONNIN, secrétaire national du SNALC chargé de l’EPS ; Sylvie CHIARIGLIONE, membre du Bureau national ; Sylvie MORANTE CAZAUX, SNALC premier degré ; Véronique MOUHOT, SNALC premier degré ; Marie-Hélène PIQUEMAL, vice-présidente du SNALC.
 
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LA FORMATION : SI IMPORTANTE, SI MAL TRAITÉE

Dans l’Éducation nationale, la formation tient une place centrale. C’est un lieu commun. Mais il convient de comprendre ce que cette image d’Epinal nous dit sur notre système.

Qu’elle soit initiale ou continue, la formation est en réalité une lettre de commande, une manière pour l’institution de donner les grandes orientations pour le présent et pour l’avenir de l’enseignement dans notre pays.

Avec la réforme du master MEEF, les futurs enseignants voient leur formation évoluer ; et pas forcément d’une manière positive. Placées sous le signe de la contractualisation, d’un master MEEF et d’un concours renouvelés, puis d’une année de stage à plein temps mais émaillée de temps de formation plus ou moins longs, les premières années des professeurs de demain vont-elles leur permettre de développer tous les savoirs et les savoir-faire nécessaires pour élever les futures générations dans le sens noble du terme ?

La formation continue des contractuels comme des titulaires est une nébuleuse. Elle tournoie au rythme des commandes de l’institution, souvent réalisées dans l’urgence comme la mise en place au forceps du Grand Oral en 2021 ou pour répondre à des thématiques sociétales émergentes comme la laïcité ou l’égalité « filles-garçons ». Elle est orientée par le Plan National de Formation et se propage par des formations en présentiel plus ou moins pertinentes mais aussi de plus en plus par des « formations » M@gistère parfois clairement fumeuses.

Sur tous ces thèmes, le SNALC s’est montré critique mais a aussi été force de proposition. Pour notre syndicat, il faut donner les moyens aux futurs enseignants d’apprendre leur métier et aux professeurs déjà en place de s’entretenir voire de progresser encore ; et il faut le faire sans formatage dogmatique.

Surtout, il faut cesser de faire croire au public que quels que soient les maux du système, qu’il s’agisse de la réussite des élèves, de la laïcité, du climat scolaire ou des menus à la cantine, ils viennent d’un manque de formation des personnels. C’est une insulte à notre professionnalisme, et – osons le dire – à la mémoire de Samuel Paty.

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FORMATION INITIALE : SUR LA MAUVAISE VOIE

Pour comprendre ce que devient la formation initiale des enseignants, il faut considérer deux temps : l’avant-concours puis l’année de stage.

iStock – Richard Villalonundefined undefined

Bien que le master MEEF ne soit pas l’unique voie d’accès à la fonction de professeur, il est considéré par le ministère comme celle à privilégier. Il montre donc ce qu’attend l’institution de ses futurs enseignants.

 

La formation se fera en partie face à des élèves. Mais, au lieu de se faire sur une année scolaire entière, ce temps pourra se diviser en courtes périodes ou même se faire à cheval sur deux années. Ainsi, dès leur entrée dans le métier, les étudiants doivent apprendre qu’ils sont des moyens, des lignes dans un tableau Excel et que l’intérêt de l’élève est bien secondaire.

 

L’autre volet aura lieu à l’INSPE. Et si l’on ne connaît pas encore toutes les formations, il est évident qu’elles seront guidées par le concours et par les mêmes formateurs qui sévissent depuis des années. De ces formateurs, nous ne parlerons pas. Mais le concours pose clairement une commande de la part de l’institution. Les contenus disciplinaires y sont moins importants que jadis. Il faut désormais être conforme à l’idéologie pédagogique dominante et être un gentil fonctionnaire.

 

Une fois le certificat de conformité obtenu, l’année de stage s’ouvre. Pour les stagiaires issus du MEEF, ce sera le temps plein avec des temps de formations adaptés. Pour les autres, ce sera le demi-service afin d’apprendre le métier comme c’était le cas précédemment.

 

Pour le SNALC, tout est à repenser. Si l’on veut faire un master MEEF solide, il faut donner à voir toutes les techniques pédagogiques afin de laisser les professeurs exercer leur liberté pédagogique. Si l’on veut un concours solide, il faut donner une place centrale au disciplinaire. Et si l’on veut des professeurs solides, il faut leur laisser le temps de développer leur pédagogie durant une année de stage à temps partiel.

 

Le SNALC tient à ce que soient formés des professeurs aux connaissances solides et capables d’adapter leur pédagogie à l’envi. C’est la condition pour former de futurs adultes et citoyens éclairés. Sans doute sommes-nous trop à contre-courant sur ce point.

 

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FORMATION À LA LAÏCITÉ : CIRCULEZ, IL N’Y A RIEN À VOIR

Imaginez la scène : vous êtes sur l’autoroute des vacances, forcément très chargée en ce début d’été, et soudain c’est la panne totale. Vous avez juste le temps de vous ranger sur la bande d’arrêt d’urgence. Panique à bord, vous évacuez vos proches, signalez l’obstacle et donnez l’alerte : vous avez besoin d’une intervention d’urgence pour éviter des conséquences aussi dramatiques qu’imminentes. Après une attente qui vous semble interminable face à la menace qui vous frôle, les forces de l’ordre finissent par arriver mais, en guise de secours, vous font un sermon sur le Code de la route. Et désormais, pour parer ces situations, tout futur conducteur sera interrogé et évalué sur sa parfaite connaissance dudit Code.

iStock – StockSolutions

C’ est à peu près ce que l’on est en train de mettre en place avec la parution prochaine d’un référentiel de « formation à la laïcité et aux valeurs de la République » : un amalgame de formulations saugrenues, où l’on pointe en priorité les devoirs et l’exemplarité des agents.

 

Au départ, un atelier du Grenelle avait été programmé après la mort de Samuel Paty sur « La protection des personnels et les valeurs de la République ». Le SNALC y a activement participé ; des débats sans langue de bois avaient permis d’exprimer un constat très réaliste et des besoins d’information – plus que de formation – et d’accompagnement des personnels, surtout professeurs, qui se sentaient démunis face à des situations de remise en cause de leurs enseignements, rejet des principes républicains dont la laïcité, jusqu’à l’agression verbale voire physique.

 

Peu à peu, la protection des personnels a été reléguée au point de n’être qu’une vague allusion qui semble tombée comme un cheveu dans la soupe du référentiel. En réponse aux difficultés dont ils témoignent et au besoin d’outils pour réagir ou prévenir les comportements attentatoires à la laïcité et aux principes républicains, on sommera désormais les agents de maîtriser parfaitement les obligations à agir en bon fonctionnaire qui, selon la DGESCO, suffiraient à incarner – donc transmettre et faire respecter – les valeurs de la République.

 

Cette grotesque conclusion témoigne d’une déconnexion totale de l’institution avec la réalité de nos métiers. Il eût été plus honnête de conclure qu’elle n’avait pas de solution à proposer face à un phénomène de société qui dépasse largement notre ministère.

 

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UN PLAN NATIONAL DE FORMATION QUI RÉPOND AUX BESOINS… DE L’INSTITUTION

 

Le PNF 2021-2022 ne concerne que les formateurs et les cadres. Son schéma annonce néanmoins la teneur des formations en académie. Pour le SNALC, des éléments doivent disparaître et d’autres font défaut.

iStock – BraunS

AXE 1 : SE SITUER DANS LE SYSTÈME ÉDUCATIF

 

L’accent est mis sur l’école maternelle, le Plan français, la grammaire au cycle 3, le Plan maths et l’acquisition des compétences et savoirs fondamentaux en cycle 1. Pour le SNALC, il faut absolument éviter le formatage des enseignants.

 

Le Plan langues doit favoriser une meilleure continuité école-collège grâce à des professeurs dûment formés, des contenus linguistiques clairs avant l’entrée en 6ème.

 

En voie professionnelle, l’artificialité des familles de métiers est un frein au parcours de l’élève. Les référentiels Bac Pro – STS ne sont pas en adéquation sur les disciplines non professionnelles.

 

Le volet mobilité pour les professeurs manque de perspectives.

 

 

AXE 2 : SE PERFECTIONNER ET ADAPTER SES PRATIQUES PROFESSIONNELLES

 

Toute formation à l’école inclusive doit nous interroger, ainsi que notre ministère. Pourquoi former les personnels si l’on ne donne pas les moyens de la réussite de cette école ? Les formations manqueront leur cible tant qu’elles seront vécues comme un prétexte à fermer les structures spécialisées. Comment Déployer l’école promotrice de santé sans suffisamment de médecins et d’infirmières scolaires ?

 

Même s’il est acté que le MEN intègre le volet Jeunesse et Sport, le SNALC s’interroge sur le grand écart entre des formations à l’importance de la laïcité et au scoutisme dans le même ministère.

 

Les formations Grand Oral doivent être plus opérationnelles ; les intervenants ont fait de leur mieux, commettant, cela dit, d’énormes erreurs !

 

 

AXE 3 : ÊTRE ACCOMPAGNÉ DANS SON ÉVOLUTION PROFESSIONNELLE ET VALORISER SES COMPÉTENCES

 

Le SNALC déplore le défaut de formations permettant aux enseignants et CPE, demandeurs de reconversions et passerelles, d’envisager une évolution de carrière.

 

Pour le SNALC, les objectifs de formation n’atteindront jamais leur cible – l’intérêt des élèves – en l’absence de moyens humains et financiers déployés à cet effet.

 
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DANS LES LIMBES DU DISTANCIEL

Le SNALC clame depuis plusieurs années désormais que la formation est un acte qui se fait en présence. Les raisons en sont claires et sont renforcées par quelques expériences désagréables. .

iStock – Zinkevych

Que ce soit pour les formateurs ou les formés, le temps ensemble permettant de vrais échanges est consubstantiel de l’acte de formation. D’une part, les stagiaires peuvent échanger autour d’une activité confiée par le formateur, ou à propos des éléments qu’ils viennent d’entendre. Mais d’autre part, pour le formateur, la présence physique permet d’aller vers chacun et de lire les visages pour voir s’il y a compréhension voire accord ou s’il faut approfondir, mieux expliquer. Faire oeuvre de pédagogie, en quelque sorte.

 

Récemment, lors d’une formation de formateurs dans la région Bourgogne- Franche-Comté, ce ne sont pas moins de 250 personnes qui participaient à une visioconférence où des formateurs, caméra éteinte, débitaient un flot de paroles d’un ton neutre et reprenant très largement un diaporama qui défilait sur les écrans. Seul le tchat permettait des interactions.

 

En sus de quelques temps comme celui- ci, chaque stagiaire disposait de son parcours M@gistère, avec des activités consistant largement en des questionnaires demandant simplement si l’on maîtrisait ceci ou cela et en des contenus videos ou textes.

 

Comment ne pas voir dans une telle formation de formateurs tout ce que le SNALC entrevoyait comme écueils ? La visioconférence est, comme son nom l’indique, un mode de communication magistral, surtout lorsque le groupe est vaste.

 

Quant aux « parcours M@gistère », ils ne sont en fait que des contenus que le stagiaire regarde s’il est motivé et sur lequel il n’a pas d’échanges, sauf à créer des groupes de discussions.

 

Mais alors, quels sont les avantages de ces bidules ? Le seul que nous puissions voir est que cela permet à l’institution de dire qu’elle forme sans avoir à retirer les professeurs de leurs classes. Alors, certes, ça ne forme pas vraiment et ça ne sert pas vraiment à grand-chose. Mais du point de vue des Ressources Humaines, c’est absolument parfait.

 

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FORMATIONS GRAND ORAL : ALÉATOIRES, IMPROVISÉES, MERCANTILES, INUTILES

Depuis les premiers roulements de tambour annonçant ce Grand Oral, nous avons été nombreux à comprendre que la parade des élucubrations pseudo-pédagogiques qui lui était visiblement associée dès le début promettait d’être longue et fumeuse avant d’atteindre son but, un jour peut-être et dans quel état ?!

 
iStock_gorodenkoff

D’aussi loin que l’on s’en souvienne, il n’est pas une question d’élève ou d’enseignant qui n’ait fait émerger de nouvelles interrogations, toutes plus insolubles les unes que les autres, car en l’absence de formations probantes, chacun pose la sienne selon son interprétation du B.O. Aussi louables qu’aient été les prestations de collègues, de formateurs, d’IPR, rien n’a jamais garanti une quelconque exactitude de raisonnement, de posture, tant la subjectivité -que l’institution se défend pourtant d’envisager dans l’évaluation du Grand Oral- est bel et bien présente. Nous en voulons pour preuve l’absence de grille de notation puisque celle qui est fournie, facultative, n’est que prétexte à étayer la discussion des jurys.

 

Des formations furent dispensées aléatoirement par des collègues référents nommés sans contrepartie. Ils volèrent au-dessus de leurs pairs quelques heures – précurseurs d’un avenir glorieux que la conclusion du Grenelle entérine pour les volontaires à la mission – mais ils s’égosillèrent en vain car il n’est point aisé de siffler la bonne parole quand on est posé sur la même branche que son public, à la base. De fait, l’improvisation, la formation sauvage, a vite pris le relais dans les salles des profs et sur les réseaux sociaux.

 

De gigantesques vidéoconférences furent aussi lancées lors desquelles tous les artifices marchands du Ministre – neurosciences, infantilisation des enseignants sur la gestion des candidats- meublèrent les journées d’antenne justifiant du travail de stage accompli.

Pour le SNALC, il faudra plus qu’un simple engagement à mettre en place un pilotage adapté désormais car l’épisode ubuesque du Grand Oral 2021 laisse sceptiques tous les acteurs de terrain quant à la capacité de l’institution à prévoir quoi que ce soit d’utile en termes de formation.

 

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NOUVEAU CAFIPEMF : UNE FORMATION PLUS PROCHE DU TERRAIN ?

Le CAFIPEMF permet aux PE d’accéder aux fonctions de maître formateur ou de conseiller pédagogique. Ces personnels participent à la formation des stagiaires et à la formation continue des titulaires.

iStock – Lisa5201

Le ministère a décidé de modifier en profondeur les épreuves du CAFIPEMF dès la rentrée 2021pour les recentrer autour des enseignements fondamentaux et faciliter l’accès aux acteurs de terrain que sont les PE en poste dans les classes. En effet, la précédente version se tenait sur au moins deux ans et incluait une épreuve pratique, un oral, la rédaction d’un dossier et d’un mémoire. Le tout était très théorique, souvent décentré de la pratique de classe et particulièrement fastidieux pour les PE qui cumulaient la classe à temps plein et la rédaction du mémoire.

 

Le nouveau CAFIPEMF présente donc des nouveautés que le SNALC a soutenues lors des différents groupes de travail ministériels :

  • Une visite-conseil de l’IEN.
  • Des épreuves recentrées autour du français et des mathématiques et une éventuelle spécialisation (3 ans après).
  • La disparition du mémoire.
  • Une nouvelle épreuve d’observation par le jury d’un temps d’enseignement assuré par le candidat.
  • 5 semaines de formation (observation, pratique accompagnée et formation théorique).

 

Le SNALC a également obtenu plusieurs garanties :

  • La visite-conseil de l’IEN ne pourra pas bloquer l’accès du candidat à l’inscription au certificat.
  • Le temps d’accompagnement d’un titulaire du CAFIPEMF lors de la formation sera d’au moins deux semaines.
  • La présence d’un examinateur titulaire du CAFIPEMF sera obligatoire au sein du jury.
  • L’ajout de l’histoire-géographie-EMC et des sciences-technologie aux spécialisations préexistantes qui seront désormais accessibles au bout de 3 ans.
  • Le maintien pour l’année suivante du bénéfice de la note supérieure à 10/20 pour un candidat qui n’aurait eu la moyenne qu’à l’une des deux épreuves.

 

Le SNALC se félicite de ce nouveau CAFIPEMF plus accessible aux PE chargés de classe. Cependant, une partie de la formation des candidats pourrait se tenir pendant les congés scolaires, ce que le SNALC ne peut cautionner. Sachez que l’administration a refusé de nous apporter des garanties sur ce point.

 
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FORMATION STAPS : LA FIN D’UNE HISTOIRE

L’admissibilité aux concours du CAPEPS et de l’agrégation d’EPS repose sur deux épreuves écrites. On ignore souvent la nature profondément historique et épistémologique du premier écrit. Or, la réforme du CAPEPS en 2022 en supprime la substance. C’est une grande perte pour la formation en STAPS.

iStock_skynesher

Cette épreuve conduisait sur le cursus à une solide formation en histoire. Le but était d’amener les futurs enseignants à comprendre leurs origines pour mieux saisir les dimensions, les enjeux et l’avenir de leur discipline.

 

Soumises à des influences tour à tour religieuses, médicales, militaires, économiques, culturelles, politiques, la conception du corps, sa place et son éducation se sont considérablement transformées au cours de notre histoire. Pour éclairer ces évolutions, la formation initiale traitait de l’Antiquité, de Rabelais, des philosophes des Lumières ; des progrès des sciences biologiques, médicales et technologiques, de l’apparition de la psychologie ; de la révolution industrielle, de la mécanisation, de l’urbanisation ; de l’impact des régimes politiques, des guerres, des crises économiques, des conflits sociaux ; de la transformation des moeurs, des mentalités ; de l’avènement des congés payés, de la société des loisirs ; de la genèse des sports et des méthodes d’éducation physique… Il impossible de résumer ici cette richesse, les apports d’auteurs comme P. Arnaud, G. Vigarello… ou l’importance des thèses de 3è cycle. Ils conféraient à la formation en STAPS de belles lettres de noblesse et une véritable culture universitaire.

 

Dorénavant, remplaçant l’histoire, « les sciences humaines et sociales » sont préférées pour « comprendre les mutations actuelles de l’EPS ». Ce recours aux « sciences » tendra donc davantage à justifier et à cautionner les formes contemporaines prises par la discipline, qu’à les questionner. Ainsi aux analyses diachroniques et critiques antérieurement permises par l’histoire et l’épistémologie, se substituent et se renforcent dans la formation, l’allégeance et le conformisme des enseignants aux options éducatives prises par l’institution.

 

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QUEL AVENIR POUR LA FORMATION ?

Lors du Grenelle de l’Éducation, l’un des chantiers mis en branle par le ministère concernait la formation. Les annonces sont en cours. Mais le moins que l’on puisse dire est que, malgré quelques avancées, les échanges ont de quoi inquiéter le SNALC.

iStock – Piranka

Sur les grands principes, les différents interlocuteurs ont aisément pu trouver des terrains d’entente. Mais le diable se cache souvent dans les détails.

 

Tout d’abord, il faut que les personnels de l’éducation disposent de temps pour se former et que ce temps fasse partie de leur service. Malheureusement, certains sont allés jusqu’à proposer que la formation soit obligatoire ou qu’elle conditionne l’avancement ou les promotions voire l’obtention de postes.

 

Ensuite, un alignement de la formation sur la recherche est important pour avoir un enseignement de qualité. Cette assertion aurait dû nous combler d’aise. Mais lorsque l’on a abordé le type de recherche et que le SNALC a découvert qu’il s’agissait largement des sciences de l’éducation, qui sont à la science ce que le catch est à la lutte, nous n’avons pu être d’accord. Pour nous, donner ou entretenir les connaissances scientifiques (au sens large) des professeurs est important. Leur asséner des pensées toutes faites et dogmatiques n’a aucun intérêt.

 

Car là est bien le grand malheur de la formation et de son avenir et le Colloque sur l’enseignant du XXIème siècle ne risquait pas de nous détromper. En effet, l’on y a entendu que former à la transmission de connaissances traditionnelles n’avait plus de sens. Il faudrait désormais avoir des enseignants qui professent les nouveaux savoirs essentiels (valeurs républicaines, développement durable, laïcité et vivre ensemble) d’une part, et les compétences socio-comportementales d’autre part. Pourquoi ? Parce que « c’est ce que recherchent les grandes entreprises américaines ».

 

Le SNALC n’entend pas former des collaborateurs pour les GAFAM ni des consommateurs zélés. Le SNALC veut des têtes à la fois bien pleines et bien faites. Et cela passe par la formation d’enseignants compétents quant aux savoirs, régulièrement et solidement formés pour transmettre au mieux ce qu’ils maîtrisent.

 
 
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Retrouvez ce dossier dans la Quinzaine universitaire n°1454

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